• Le 9 décembre, pour la première fois dans l'histoire des Pays Bas, un tribunal a criminalisé la liberté d'expression : le très héroïque Geert Wilders, député néerlandais, a été reconnu coupable du « crime » de « discours de haine ».

  • La peine de mort prononcée contre Salman Rushdie en 1989 par le leader suprême de l'Iran a tout d'abord paru irréelle. L'Occident ne l'a pas prise au sérieux. Mais cette fatwa a fini par être assimilée et intégrée au point que les attaques contre la liberté d'expression viennent aujourd'hui de nos rangs. C'est l'Occident lui-même qui intente des procès aux écrivains et aux journalistes.

  • Les Brigades rouges, ces terroristes communistes qui ont dévasté l'Italie dans les années 1970, avaient pour slogan : « Frapper un pour en éduquer cent. » Cibler une personne permet d'intimider une collectivité. Les procès politiques sur l'islam n'ont pas d'autre but.

  • Le « discours de haine » est une arme politique pour disqualifier toute personne en désaccord avec vous. Une démocratie n'a pas à ergoter sur le contenu d'un article ou d'une caricature. En Occident, nous avons payé un prix élevé pour la liberté de lire et d'écrire. Ceux qui nous gouvernent n'ont pas à nous autoriser de penser ou de parler.

  • Le rideau de fer qui existait à l'époque soviétique descend progressivement sur l' Europe.

Après la Seconde Guerre mondiale, après les horreurs du nazisme et du stalinisme, les démocraties occidentales ont érigé en principe de juger les personnes, mais de laisser libres les idées et les opinions. L'Europe confère aujourd'hui, à de dangereux militants des « droits de l'homme » et aux islamistes, le droit d'utiliser les tribunaux pour resserrer les limites de la liberté d'expression, exactement comme le faisaient les grands procès soviétiques. « L'antiracisme militant sera le communisme du 21e siècle » prédisait le philosophe et académicien français, Alain Finkielkraut.

Il y a un an, Christoph Biró, chroniqueur respecté et rédacteur en chef du plus grand journal autrichien, Kronen Zeitung, a mis en cause « les jeunes Syriens bourrés de testostérone qui se livrent à des agressions sexuelles extrêmement violentes » (et ce avant même, les agressions sexuelles de masse du Nouvel an à Cologne, Hambourg et d'autres villes). L'article a suscité la controverse, et un déluge de plaintes et de protestations. Biró a dû prendre quatre semaines de congé à la suite de ces attaques et, (sous la pression), a admis plus tard qu'il avait « perdu le sens de la mesure ». Le parquet de Graz a récemment mis Biró en examen pour « discours de haine » en raison d'une plainte déposée par un soi-disant organisation des droits de l'homme, SOS Mitmensch. L'affaire sera jugée prochainement.

Journalistes, romanciers et intellectuels sont maintenant tenus dans toute l'Europe de lever la main droite devant un juge et de jurer de dire la vérité et rien que la vérité – ce qu'ils ont toujours fait et telle est précisément la raison pour laquelle ils sont poursuivis. Un spectacle effrayant s'est aujourd'hui banalisé : le « discours de haine » est devenu une arme politique pour disqualifier toute critique.

Une démocratie n'a pas à ergoter sur le contenu d'articles ou de caricatures. En Occident, nous avons payé un prix élevé pour la liberté de lire et d'écrire. Ceux qui nous gouvernent n'ont pas à dire qui a le droit de penser et de s'exprimer ; dans les démocraties, la liberté d'expression relève de la liberté individuelle. La liberté d'expression et d'opinion a certes été payée au prix fort, mais si elle n'est pas exercée, elle peut rapidement disparaître.

En décembre 2016, un nouveau front juridique grotesque s'est ouvert à Paris. Le philosophe français Pascal Bruckner était jugé pour avoir déclaré en 2015 sur le plateau de 28 minutes, sur Arte, qu'il fallait « faire le dossier des collabos des assassins de Charlie » :

Et l'écrivain de citer, outre Guy Bedos et le rappeur Nekfeu, les associations Les Indivisibles de la militante antiraciste Rokhaya Diallo (qui n'en est plus membre) et Les Indigènes de la République d'Houria Bouteldja. Par leurs écrits et leurs actions militantes, ces associations auraient, selon Bruckner, « justifié idéologiquement la mort des journalistes de Charlie Hebdo ».

Bruckner a ouvert sa défense avec une citation de Jean-Paul Sartre : « les mots sont des pistolets chargés ». D'innombrables témoins ont défilé à la barre pour le défendre : « Riss », rédacteur en chef de Charlie Hebdo ; Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques ; Sihem Habchi , ancienne présidente de « Ni Putes ni Soumises » ; et le philosophe, Luc Ferry. Bruckner a utilisé le terme « collaborateur » pour désigner « les journaux qui ont justifié la liquidation de la Résistance et des juifs » pendant la Seconde Guerre mondiale. Sihem Habchi a parlé du danger d'un « fascisme vert », l'islamisme.

Le verdict du procès Bruckner sera rendu le 17 janvier. « Bruckner est venu en personne devant la 17ème Chambre, qui est trop souvent un fossoyeur de la liberté d'expression", a commenté l'important et courageux site Internet Riposte Laïque.

Ces procès politiques intentés pour empêcher l'émergence d'un discours critique sur l'islam ont commencé il y a quinze ans. En 2002, un tribunal parisien a instruit une plainte déposée contre Michel Houellebecq qui, dans son roman Plateforme, avait écrit que l'islam était « la plus stupide des religions. » L'écrivain Fernando Arrabal, arrêté pour blasphème en 1967 dans l'Espagne de Franco, a témoigné en faveur de Houellebecq. « Quelle joie d'être dans un procès pour délit d'opinion », a déclaré Arrabal à Paris. « Saragosse, Valladolid, Santander, c'est la liste des prisons où je suis allé pour le même crime que Houellebecq. » a déclaré le dramaturge aux juges français.

Oriana Fallaci, écrivain italien, a également comparu en justice pour son livre, La Rage et l'Orgueil. Pour le journal français Libération, Fallaci était « la femme qui diffame l'slam ». Par la suite, Charlie Hebdo, et son rédacteur en chef, Philippe Val, sont aussi devenus la cible judiciaire d'organisations islamistes.

En 1989, la peine de mort prononcée contre Salman Rushdie par l'ayatollah Khomeiny, chef suprême de l'Iran islamique, a paru irréelle. En Occident, elle n'a pas été prise au sérieux. Mais cette fatwa est désormais assimilée, au point que les menaces qui pèsent contre la liberté d'expression ne viennent plus de l'étranger. C'est l'Occident lui-même qui envoie ses écrivains et journalistes sur le banc des accusés.

Compte tenu de leur nombre, il est impossible d'énumérer tous les journalistes et écrivains qui ont eu affaire à la justice en raison de leurs idées sur l'islam. Boualem Sansal, écrivain franco-algérien, auteur du roman "2084" a déclaré à Libération : « Nous sommes conscients du danger, mais nous ne savons pas comment agir par crainte d'être accusé d'être anti-immigrant, anti-Islam, anti-Afrique ... la démocratie, comme la souris, va se faire avaler par le serpent ». Et il ajoute « nous sommes dans une société qui murmure ».

Les journalistes sont désormais poursuivis même s'ils remettent en cause l'islam au cours d'un débat radiophonique. Voilà pourquoi aujourd'hui, la plupart des écrivains et des journalistes chuchotent sur les conséquences de la migration de masse en Europe, le rôle de l'islam dans la guerre que le terrorisme mène contre les démocraties et les assauts du sultan contre la liberté d'expression.

Les Brigades rouges, le groupe terroriste communiste qui a dévasté l'Italie dans les années 1970, avait un slogan : « Frappe en un pour en éduquer cent ». Cibler une personne est donc un outil d'intimidation collective. Telle est la conséquence de ces procès politiques sur l'islam. Le débat se referme rapidement.

Aux Pays - Bas, le procès contre Geert Wilders pour « crime » « d'incitation à la discrimination et outrage à un groupe minoritaire » s'est achevé. Ce courageux député néerlandais avait demandé à ses partisans s'ils voulaient « moins de Marocains » dans le pays. En le condamnant, le tribunal a criminalisé la liberté d'expression pour la première fois dans l'histoire néerlandaise. (Cinq ans auparavant, Wilders avait été acquitté pour un procès similaire).

Gauche: l'écrivain Salman Rushdie. Droite: le député néerlandais Geert Wilders.

En France, Ivan Rioufol, l'un des chroniqueurs les plus respectés du journal Le Figaro, a dû prendre un avocat pour se défendre au procès que lui a intenté le « Collectif contre l'islamophobie (CCIF). » L'écrivain Renaud Camus, qui défend la théorie du « grand remplacement » et qui pense que la France est colonisée par les immigrants musulmans avec l'aide des grands partis politiques, a été accusé de « discours de haine ». Marine Le Pen a également dû comparaître devant un tribunal. En Allemagne, Jan Böhmermann, un comédien auteur d'une satire du président turc Recep Tayyip Erdogan à la télévision, a dû également passer devant les juges. Et Lutz Bachmann aussi, fondateur de « PEGIDA », le mouvement anti-islamisation. Au Canada, l'essayiste et journaliste Mark Steyn a été mis en examen pour « islamophobie flagrante » par un « Tribunal des droits de l'homme » (il fut relaxé), et Djemila Benhabib est aujourd'hui accusée de diffamation par une école musulmane. Lars Hedegaard, président de l'association danoise de la presse gratuite a été contraint de se défendre d'une accusation de « discours de haine » (il a été acquitté) pour ses commentaires critiques sur l'islam.

Il est fondamental que ces écrivains et journalistes soient acquittés. Ces procès n'ont rien d'une quête de vérité ; ils ont pour fonction d'd'intimider la population et de restreindre la liberté d'expression sur l'islam. Ce sont des machines à « rééduquer ». Et, comme dans le procès Wilders malheureusement, les plaignants obtiennent gain de cause.

Après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les soviétiques en 1968, les romans de Milan Kundera ont disparu des librairies et des bibliothèques. L'intelligentsia a été isolée et stérilisée. Les cinémas et théâtres n'ont plus proposé que des spectacles soviétiques. Radios, journaux et chaînes de télévisions n'ont plus diffusé que de la propagande. Les Soviétiques ont récompensé les bureaucrates qui censuraient les écrivains et les journalistes, et ont puni les rebelles. Ceux qui élevaient la voix perdaient leur travail et gagnaient leur vie comme ouvriers non qualifiés. Prague, fébrile et fascinant, est devenu tranquille et chuchotant.

En Europe de l'ouest, le même rideau de fer s'installe progressivement.

Giulio Meotti, journaliste culturel à Il Foglio, est un journaliste et un auteur italien.

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