• Le soutien des jeunes musulmans européens aux attentats suicides va de 22% en Allemagne à 29% en Espagne. En Grande Bretagne, un musulman sur cinq affiche sa sympathie pour le Califat. Les musulmans britanniques sont plus nombreux à rejoindre les rangs de l'Etat islamique que les bataillons de l'armée britannique. Aux Pays Bas, un sondage indique que 80% des Néerlandais d'origine turque ne voient « rien de répréhensible » dans les faits d'armes de l'Etat islamique.

  • Les sondages et autres enquêtes de population doivent être maniés avec précaution, mais tous révèlent une « zone grise » large et vibrante dont se nourrit le djihad en Europe et au Moyen Orient. Il s'agit de ces millions de musulmans qui affichent leur sympathie, leur compréhension et leurs affinités avec l'idéologie et les buts de l'Etat islamique.

  • Combien de musulmans seront infectés par le virus Etat islamique au sein de la vaste « zone grise » européenne ? La réponse à cette question sera déterminante pour notre avenir.

Au cours des années 1970 et 1980, l'Europe a été ravagée par les attentats terroristes des groupes communistes armés comme la Bande à Baader en Allemagne et les Brigades Rouges en Italie. Ces terroristes paraissaient déterminés à saper les fondements de la démocratie et du capitalisme. Ils ciblaient par dizaines les journalistes, les hommes politiques, les chefs d'entreprises et les politiciens. En Italie, en 1978, ils ont même enlevé et exécuté le premier ministre italien, Aldo Moro.

A l'époque, la question de « la taille de la « zone grise » se posait déjà : de quel réservoir de sympathie le terrorisme dispose-t-il dans les usines, les syndicats, les universités ?

Depuis l'année dernière, les hommes de main de l'Etat islamique ont abattu des centaines d'européens et d'occidentaux. Leur dernier assaut à Bruxelles a frappé au cœur de l'Occident : la Mecque post moderne de l'Otan et de l'Union européenne.

La même question se pose : quelle est la taille de la « zone grise » de l'Etat islamique en Europe ?

Peggy Noonan a tenté de donner une réponse dans le Wall Street Journal :

« Le nombre de musulmans dans le monde est estimé à 1,6 milliard d'individus... Disons que 10% seulement éprouvent de la rancœur envers l'« Occident », ressentent le besoin d'éradiquer les infidèles ou cultivent l'espoir de rétablir le Califat. Ces petit 10% représentent 160 millions de personnes. Disons maintenant que 10% de ce second ensemble aspire au djihad, soit 16 millions. Et faisons le pari que seulement dix pour cent sont prêts à passer à l'action, à pratiquer le djihad ou à lui venir en aide. On obtient 1,6 million de personnes ».

C'est beaucoup.

Selon une étude ComRes commanditée par la BBC, 27% des Britanniques musulmans éprouvent une franche sympathie pour les terroristes qui ont attaqué Charlie Hebdo, à Paris (12 morts). Un sondage ICM publié par Newsweek révèle que 16% des Français musulmans soutiennent l'Etat islamique. Ce pourcentage grimpe à 27% pour les 18-24 ans. Dans plusieurs dizaines d'établissements scolaires français, des élèves musulmans ont perturbé la « minute de silence » destinée à commémorer l'assassinat des journalistes de Charlie Hebdo.

En Belgique ? Le degré de popularité de l'Etat islamique est immense. Voices From the Blogs, l'étude la plus pertinente sur le sujet, a recensé et analysé plus de deux millions de messages en arabe tout autour du monde sur Twitter, Facebook et différents blogs évoquant l'Etat islamique au Moyen Orient.

Les commentaires les plus favorables à l'Etat islamique venaient du Qatar (47%) ; puis du Pakistan (35%) tandis que la Belgique (31%) s'inscrivait en troisième position mondiale, devant Oman (25%), la Libye (24%), la Jordanie (19%), l'Arabie Saoudite (20%) et l'Irak (20%). S'il fallait une preuve des capacités de recrutement de l'Etat islamique dans le monde et en Belgique, ces statistiques sont suffisantes en soi.

Dans d'autres pays européens, la popularité de l'Etat islamique atteint 24% en Grande Bretagne, 21% en Espagne et 20% en France.

En Grande Bretagne, un musulman sur cinq affirme ressentir de la sympathie pour le Califat. Les musulmans britanniques rejoignent plus volontiers les rangs de l'Etat islamique que les bataillons de l'armée britannique.

Aux Pays Bas, une étude Motivaction montre que 80% des Turcs néerlandais ne voient « rien de répréhensible » dans les actions de l'Etat islamique.

Le soutien des jeunes musulmans européens aux attentats suicide atteint 22% en Allemagne, 29% en Espagne, 35% en Grande Bretagne et 42% en France indique un sondage du Pew Research center.

De nombreux travaux ont démontré l'audience de l'Etat islamique dans le monde arabe : le Clarion Project, est une méta étude qui reprend et compile diverses sources comme un sondage réalisé en mars 2015 par un institut de recherche indépendant irakien, l'Institute for Administration and Civil Society Studies ; un sondage de novembre 2014 mené par le Zogby Research Services ; un sondage de novembre 2014 réalisé par le Arab Center for Research and Policy Studies ; et un sondage d'octobre 2014 accompli par le Fikra Forum. Résultat final ? 42 millions d'arabes dans le monde affichent ouvertement leur sympathie à l'Etat islamique.

Après les massacres à Charlie Hebdo, Al-Jazeera, a publié un sondage qui demandait : « Soutenez-vous les victoires de l'Etat islamique ? ». 81% des personnes interrogées ont répondu « oui ».

Ces études et sondages doivent être maniés avec précaution mais, mis bout à bout, ils révèlent une profonde et vibrante « zone grise » susceptible de nourrir le djihad islamique en Europe et au Moyen Orient. Des millions de musulmans affirment ouvertement leur sympathie, leur compréhension et leurs affinités avec l'idéologie et les buts de l'Etat islamique.

Anthony Glees, spécialiste anglais du radicalisme en politique, a précisé la « zone grise » de la bande Baader-Meinhof en Allemagne : « En 1977, les services de police criminelle fédérale d'Allemagne de l'ouest avaient établi un index qui contenait les noms de quelques 4,7 millions de suspects et sympathisants du mouvement terroriste, dont de nombreux étudiants à l'université ».

Les chefs terroristes à cette époque venaient tous de bonnes familles allemandes : Andreas Baader était le fils d'un professeur d'histoire, Ulrike Meinhof était la fille d'un directeur de musée et la célèbre journaliste Gudrun Ensslin était la fille d'un pasteur évangéliste, tandis que Horst Mahler avait pour père un juge.

La "zone grise" de l'Etat islamique se révèle être plus large et plus profonde encore dans les communautés musulmanes d'Europe.

Dans les années 1970 et 1980, l'Europe subissait le terrorisme de groupes communistes comme la Bande Baader-Meinhof (en noir et blanc), en Allemagne qui disposaient d'une « zone grise » de plusieurs millions de sympathisants. Aujourd'hui, les djihadistes européens comme Abdelhamid Abaaoud (droite), cerveau des attaques à Paris, ont une « zone grise » de sympathisants beaucoup plus large dans les communautés musulmanes d'Europe.

Si la bande à Baader était en guerre contre les "schweine" (bourgeois, "pigs") et ciblait des figures politiques spécifiques, les volontaires du Califat ont eux, déclaré la guerre aux "koufars" (les incroyants ou infidèles). Ils ont visé les restaurants, les bars et les stades à Paris ; un café à Copenhague où se tenait un débat sur la liberté d'expression et l'islam ; des touristes occidentaux en Tunisie ; des voyageurs à la station de métro Maalbeek et à l'aéroport de Bruxelles.

L'Etat islamique mène une guerre éternelle au nom du Prophète. Ainsi que l'expliquait Graeme Wood dans « What ISIS Really Wants», les « djihadistes sont saisis d'ivresse génocidaire... et se considèrent comme le messager annonciateur – et un acteur de premier plan – d'une imminente fin du monde ».

Le livre publié en français par Ivan Rioufol, journaliste du Figaro, « La guerre civile qui vient » détaille les dangers de l'« idéologie apocalyptique » de l'islam radical en Europe. Combien de musulmans seront infectés par le virus de l'Etat islamique au sein de la « zone grise » européenne, ? La réponse à cette question déterminera notre futur.

Giulio Meotti, journaliste culture a Il Foglio, est un journaliste et auteur italien.

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